06.07.2008

François Bayrou invité sur France Culture vendredi 4 juillet

bayrou-portrait-petit.jpgFrançois Bayrou était l'invité de l'émission "Les matins de France Culture" ce vendredi 4 juillet de 7h30 à 9h00. Ecoutez ou ré-écoutez l'émission.

Réaction de François Bayrou sur la libération d'Ingrid Bétancourt

bayrou Ingrid.jpgFrançois Bayrou livre ses impressions suite à la libération d'Ingrid Bétancourt : " ... Ce qui est très frappant , c'est de voir comme en ce moment de libération, elle a été présente et elle s'est exprimée avec force, avec précision..."

28.06.2008

"On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision, le service public devient directement dépendant de l'Etat."

Nicolas Sarkozy a annoncé la fin de la publicité à la télévision publique, après 20H00 dès janvier 2009 et totale à partir de décembre 2011.

Il a proposé de compenser la perte du chiffre d'affaires publicitaire par une taxe de 0,9% sur les opérateurs de téléphonie et d'internet.

Il veut par ailleurs que le président de France Télévisions soit à l'avenir nommé par l'exécutif.

François Bayrou a dénoncé mercredi un plan de mise sous contrôle de la télévision, en réaction aux mesures annoncées par Nicolas Sarkozy.

"Tout ceci serait impossible dans des démocraties de plein exercice. On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision. Le service public devient directement dépendant de l'Etat: son patron va être nommé par le pouvoir, et ses financements dépendront chaque année du bon vouloir des gouvernants. Quelle marge de liberté restera-t-il à la télévision? Dans le même temps, les chaînes privées reçoivent la manne publicitaire qui se portait autrefois sur le service public, et pour leur permettre d'améliorer leur bilan, on leur offre la possibilité d'une deuxième coupure, qui double le temps de publicité le plus lucratif. C'est le consommateur qui va payer tout cela au travers de ses communications téléphoniques et des services internet."

18.06.2008

François Bayrou: "on a laissé se creuser un gouffre entre Peuple et Institution et le "non" irlandais en est un témoignage de plus."

Bayrou europe.jpgFrançois Bayrou confie son sentiment suite au résultat du référendum irlandais pour lequel le "non" l'a emporté.

Il explique que le rôle de l'Europe est de protéger nos valeurs et non de les menacer et que si ce message devient enfin compréhensible, alors les peuples pourront adhérer à l'idéal européen au lieu de le rejeter.

C'est pourquoi, il préconise qu'au lieu d'ignorer les questions des peuples, les responsables des pays européens les regardent en face et y répondent.

03.06.2008

François Bayrou votera contre la réforme des institutions

1522709470.jpgInvité sur LCI mardi 3 juin, François Bayrou annonce son intention de voter contre la réforme des institutions lors du vote prévu à l'Assemblée nationale dans l'après-midi. Il répond à Christophe Barbier sur les différents sujets d'actualité.


Christophe Barbier : François Bayrou, bonjour.
François bayrou : Bonjour.

 

CB : L'Assemblée nationale vote aujourd'hui en première lecture la Réforme des institutions, voterez-vous oui? voterez-vous non? vous abstiendrez-vous ?
FB : je voterai non , parce que ce texte ne touche pas l'essentiel, et l'essentiel, comme vous le savez, vous en êtes le témoin tous les jours, c'est la soumission du Parlement à l'égard de l'exécutif et du président de la République.

CB : Tout de même :  maîtrise de l'ordre du jour, confirmation du contrôle ...
FB : Tant que vous ne touchez pas au cordon ombilical qui relie les députés au président de la République, cela a été rappelé encore par un ministre ce week-end, qui a dit : « n'oubliez jamais que c'est parce que vous avez été investi par Nicolas Sarkozy que vous êtes élu », ce qui est évident, .. tant que vous ne toucherez pas à cela, autrement dit, que vous ne mettrez pas une loi électorale plus juste qui permettra aux députés où à une partie d'entre eux de devoir leur mandat, non pas au président de la République, ni au principal parti de l'opposition, mais au peuple, parce qu'ils en représenteront les opinions importantes, tant que vous n'aurez pas fait ça, vous n'aurez rien fait. Et même, on va un peu en arrière, par exemple, on a introduit une idée, une idée qui pourrait être intéressante, le référendum d'initiative populaire. Cela a des défauts, des qualités, mais ça pourrait être une idée. Mais, on soumet ce référendum, non seulement aux quatre millions huit cent mille signatures – excusez-moi du peu- qu'il faut pour l'organiser ...

CB : 10 % de l'électorat
FB : ... mais encore , au fait que cela soit signé d'abord par 184 députés et sénateurs, autrement dit on le donne uniquement au parti majoritaire et au principal parti de l'opposition, ce qui veut dire qu'on fait un pas vers une bipolarisation accentuée, et ceci accentuera les problèmes des institutions françaises et ne les corrigera pas.

CB : L'équilibre du budget de la nation, du budget de fonctionnement, en revanche, va rentrer dans la Constitution, ça c'est ce que vous réclamiez... vous devriez être content ?
FB : Pas du tout. J'aurais été ravi que ça rentre dans la Constitution? j'ai même voté pour naturellement en séance, mais cela n'a pas été retenu. Ce qui est retenu, c'est l'idée que on va pouvoir présenter des lois pluri-annuelles dans un objectif d'équilibre. Si vous rencontrez un ministre des finances depuis 20 ans qui n'ait pas eu l'objectif de l'équilibre, .... évidemment tout ceci ce sont des paroles verbales et rien de sérieux.

CB : Vous déplorez que les Assemblées ne puisse répondre au président quant le président viendra en Congrès s'adresser à elles, mais c'est plutôt préserver la séparation des pouvoirs ..
FB : Enfin, vous voulez rire ... Si le président de la République considère que députés et sénateurs, Parlement, sont assez importants pour venir s'adresser à eux comme représentants de la nation, au moins doit-il avoir la pudeur et le respect d'entendre ce que députés et sénateurs ont à lui dire. Qu'est-ce que cela veut dire : convoquer ainsi les représentants de la nation pour s'adresser à ceux sans accepter qu'ils répondent. Et donc pour moi, c'est une marque de plus du mépris  dans lequel  on tient, en France, la représentation nationale.

CB : Si le texte n'évolue pas dans la suite des débats, lors du Congrès qui sera sans doute tenu le 21 juillet à Versailles, le Mouvement Démocrate votera-t-il oui? votera-t-il non ? ou bien laissera-t-il faire, simplement pour prendre les petites avancées et renvoyer à plus tard une vraie réforme des institutions?
FB : Vous savez, chez nous, la liberté de vote est la règle. Mais en tout cas, moi je voterai non, et beaucoup de mes amis aussi.

CB : Et vous n'avez pas peur de perdre les quelques avancées au profit du Parlement qui sont tout de même dans ce texte ?
FB : Je ne participe pas à des opérations d'intox, à des opérations qui sont des leurres pour faire croire qu'on fait quelque chose alors qu'on ne fait rien. Le problème de la Vème république et des institutions, il est parfaitement identifié par tout le monde. C'est que le Parlement n'existe pas en face du président de la République. Il faut lui donner de l'existence, et tant qu'on ne touche pas à l'origine, à sa légitimité électorale, on ne touche à rien.

CB : Xavier Bertrand est-il dans le leurre ou dans la réalité de la réforme, quand il veut profiter du débat sur la représentativité des syndicats pour réformer de fond en comble et assouplir considérablement les 35 heures ?
FB : C'est une décision extrêmement grave. Et, ça n'est pas tant parce qu'elle porte sur les 35 heures... On aurait pu adopter une autre démarche pour les 35 heures que celle qui a été choisie. Mais, c'est parce qu'on a dit aux syndicats et à l'ensemble des partenaires sociaux, représentants des entreprises aussi bien que des salariés, .. on leur a dit : « Ecoutez, si vous arrivez à un accord satisfaisant,  cet accord là , nous le soutiendrons, et il deviendra la loi.» Et ils ont de bonne foi, fait un pas, qui est un pas important et notable, dans le sens d'un assouplissement. Et puis, une fois qu'ils ont fait ce pas-là, à ce moment là, on les piège, et on dit : « Maintenant, vous avez fait le pas, vous avez mis le petit doigt dans la mécanique et on va y passer le bras. » C'est quelque chose qui est, qui restera, à mon sens, comme une des erreurs principales de ces 12 ou 13 mois de nouvelle législature. C'est une faute, parce que c'est une faute contre la confiance. Les syndicats avaient fait un pas très important, avaient fait un effort sur eux-même; on les piège, et vous verrez que de cela il sortira quelque chose, à mon sens, de malsain.

CB : Etes-vous d'accord avec Jean-Pierre Raffarin, quand il dit qu'il faut tout de suite rétablir des relations de confiance avec la CFDT; c'est d'elle dont on a besoin pour réformer le pays.
FB : Bien là , en l'occurrence, CFDT et CGT avaient toutes deux fait des pas. Et il y a des explications, mais il est trop tard pour y entrer, ..

CB : C'était pour de bonnes raisons tout cela, parce qu'au fond on va donner aux entreprises le droit de gérer le temps de travail dans l'entreprise ...
FB : .. Est-ce que vous vous rendez compte, le sentiment de frustration et l'espèce de rupture de confiance qu'il y a. Même la présidente du MEDEF est montée au créneau pour dire  : « attention, vous êtes en train de faire une mauvaise action. Toucher à cet accord, c'est rompre la dynamique qui s'était mise ne place » et qui faisait qu'enfin les partenaires sociaux avaient – comment dirais-je – le sentiment de responsabilité, qui faisait qu'ils avançaient dans le sens d'un assouplissement lorsqu'il le fallait. Au lieu d'être constamment crispés sur les acquis, ils allaient de l'avant. C'est cela qu'on est en train de briser, et je vous assure que c'est probablement un moment de tournant, de bascule grave, dont il sortira, à mon sens, des choses qui ne sont pas favorables pour la société française.

CB :  La loi sur la modernisation économique, en débat depuis hier à l'Assemblée, prévoit l'installation plus facile de grandes surfaces sur le territoire, notamment pour que la concurrence fasse baisser les prix. Le Mouvement Démocrate, le MoDem, soutient -il cette initiative ?
FB : La question principale, c'est  le monopole , ou le presque monopole, qui existe pour 5 grandes centrales d'achat, qui vont avoir des moyens renforcés, une  puissance renforcée, pour tordre le bras, pour faire le bras de fer avec leurs fournisseurs, que ce soit agricoles ou industriels...

CB : 5 centrales d'achat, ce n'est pas un monopole, c'est déjà une concurrence, si on les met sur un même territoire, elles se feront une concurrence saine ..
FB : Non, vous savez bien que aujourd'hui, il y a un déséquilibre complet entre les centrales d'achat des grandes surfaces et ceux qui sont leurs fournisseurs, avec le moyen de les obliger à des bakchichs, à des contributions de toutes natures. Et c'est pourquoi, moi, ce que j'attends, c'est qu'il y ait une haute autorité de la concurrence efficace, pas seulement une apparence, efficace pour briser ces ententes.

CB : L'annulation du mariage pour cause de mensonge de l'épouse sur sa virginité à Lille, fait donc l'objet d'un appel de la part du Parquet. Etait-il bien d'annuler ce mariage pour protéger cette jeune femme ? ou était-ce au contraire une concession trop forte à la morale ou à la religion ?
FB : Comme vous savez, je suis un croyant laïc. Et donc, moi j'ai une idée absolument certaine de ce point de vue là qui est qu'il ne faut jamais mélanger la loi religieuse et la loi civile. Que ce sont deux choses distinctes. Cela dit, j'ai lu que la jeune femme était elle-même demanderesse de cette dissolution pour que cela soit derrière elle et qu'elle n'ait plus ce poids sur la tête . Donc, ça c'est au juge d'apprécier, et on va voir en appel ce qu'il en est.

CB : Simplifier le lycée en réformant les filières, l'idée de Nicolas Sarkozy pour diminuer le poids des sciences et moderniser le bac est-elle bonne ?
FB : C'est la , combien , vingtième fois qu'on annonce le rééquilibrage des filières ... on l'a fait .. je veux rappeler que du temps où j'étais ministre de l'éducation nationale, on a , en quelques années, rééquilibré beaucoup les filières entre enseignement scientifique, enseignement littéraire, enseignement économique et social dans le lycée général et avec le lycée professionnel. Donc cela a pu se faire; je sais une chose, c'est que si on ne concerte pas avec ceux qui seront chargés d'appliquer la réforme, on va vers des déboires importants. Ca n'est pas au sommet que un président tout seul, sans gouvernement, vous avez vu que François Fillon est totalement effacé dans ces affaires, qu'un président tout seul peut décider de l'avenir de l'organisation du lycée. Et donc, je suis pour que l'on demande à ceux qui font, qui sont sur le terrain, qui ont la charge d'appliquer ces réformes, leur sentiment, et si on veut individualiser, cela ne se fera pas sans moyens.

CB : Pas d'augmentation de la redevance pour financer l'audiovisuel public. Nicolas Sarkozy a tranché. Vous l'approuvez ?
FB : Sur ce point , oui. J'ai toujours été contre l'augmentation de la redevance, mais je n'étais pas pour supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Qu'est-ce qu'on est en train de faire ? Un cadeau très important aux chaînes privées, et vous voyez que deux décisions sont à mettre en rapport : la première c'est , suppression de la publicité sur les chaînes publiques, qui d'ors et déjà a fait un trou de trois ou quatre cent millions d'euros dans le budget de ces chaînes, - comment va-t-on le payer ?-  et deuxièmement, la deuxième coupure publicitaire dans les films, qui est évidemment le moyen de pouvoir enfin mettre sur la grille des programmes cette manne qui va se produire. c'est donc un choix qui privilégie les télévisions privées pour leur apporter plus de manne publicitaire. Et ceci est d'une parfaite transparence.

CB : Pierre Moscovici vous tend la main : « Discutons avec François Bayrou ». Vous êtes prêt à la saisir cette main ?
FB : Un jour, de toute façon, il sera nécessaire qu'il y ait en France un nouvel équilibre politique, parce que, il faudra , une fois qu'on sera au bout de cette expérience qui est en cours, regarder de quelle manière on peut proposer aux Français autre chose ...

CB : et ça passera par un rapprochement PS-MoDem ?
FB : Je suis un constructeur. Je veux que ces choses-là bougent et changent, et donc, pour ma part, je suis dans une attitude positive à l'égard de tous ceux qui souhaitent qu'un jour les lignes bougent en France.

CB : Un constructeur ... un exilé, dit Sarkozy. Il l'a dit à ses militants : «  J'ai exilé François Bayrou à Pau ». Vous êtes discret depuis les municipales.
FB : Oui, ...  l'idée qu'on puisse être discret est en effet pour beaucoup, et pour le président de la République, une étrangeté. Moi je pense qu'il y a des moments où ce n'est pas la peine, en effet, de s'exhiber ou de passer tout le temps sur les plateaux et sous vos projecteurs. Je pense qu'il est nécessaire parfois d'attendre que les choses deviennent manifestes et  claires. C'est dans cette période que je suis, mais il est vrai que maintenant, il va falloir s'exprimer parce que les choses prennent une tournure inquiétante.

CB : François Bayrou, merci et bonne journée.

21.05.2008

Faire tomber le mur de Berlin de la politique française ...

306743737.jpgDébut 2007, Jean-Christophe Lagarde considérait que ce qui empêche la France d'avancer c'est "le Mur de Berlin situé au milieu de la vie politique française" qui "empêche des gens qui pensent la même chose de travailler ensemble". Il voulait alors "changer les règles" et "renverser la table". Un an plus tard, il rêve de reconstituer l'UDF afin de tuer le MoDem qui veut justement "changer les règles" et "renverser la table".

Hypocrisie ou virement de bord ? Ou quand un jeune loup devient un vieux renard.

 

"Si vous n'avez pas de convictions, vous êtes mort"

911962880.jpg
Voilà ce qu'affirmait Hervé Morin, Président du Nouveau Centre en 2007 lors d'une réunion de soutien à François Bayrou et beaucoup d'autres choses très instructives ...

27.04.2008

Discours de clôture de François Bayrou: "Je crois à l'humanisme et à la justice."

505665952.pngSans reprendre tous les sujets je vais essayer de montrer qu'en réalité ce que nous portons est si original, si singulier dans le paysage politique que si nous renoncions au combat, plus personne ne pourrait relever ce genre de défi. Prenons la question la plus simple, celle qui se pose à tous les politiques depuis des années, qui est celle de ce qu'on appelle « les réformes ». Je voudrais défendre devant vous cette idée originale : nous sommes le seul mouvement qui affirme que les réformes sont indispensables mais que ces réformes ne peuvent pas se payer au prix de l'injustice. Que justice et réformes sont étroitement liées. La justice est la condition de la réforme et le moins qu'on en puisse dire - je vais essayer de le montrer - c'est que la situation que nous avons sous les yeux aujourd'hui n'est pas celle-là et qu'un certain nombre d'injustices sont provoquées par des réformes mal pensées, mal conçues ou trop bien pensées ou trop bien conçues pour le bénéfice de quelques-uns et au détriment de l'intérêt général. Nous avons un gouvernement, aujourd'hui, qui affirme, souligne le fait qu'il porte des réformes ; et une opposition, socialiste, dont le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est réticente à l'égard des réformes.

Le mot « réforme » est un mot piégé parce que réforme, cela ne veut pas dire progrès

Un jour, quand nous aurons le temps, je poserai question devant vous du vocabulaire, du mot « réforme », de la signification du mot « réforme » qui a été introduit au début des années 90 dans le vocabulaire politique français. Je pense que c’est Edouard Balladur qui a le plus fait. Il avait fait un « dictionnaire de la réforme » et je me souviens des reproches vifs qu’il m’adressa lorsque, entré au gouvernement, j’avais avec la naïveté, la simplicité de la jeunesse, au ministère de l’Education, expliqué que « à mon avis, ce qu’il fallait à tout prix éviter, c’était une énième réforme de l’éducation ». Édouard Balladur, alors Premier ministre, avait considéré qu’en disant cela je manquais au contrat général qu’il avait tracé, écrit, du « dictionnaire de la réforme ». Le mot « réforme » est un mot piégé parce que réforme, cela ne veut pas dire progrès. Il y a des réformes qui vont dans le bon sens et des réformes qui vont dans le mauvais sens. On devrait interroger les réformes. J’ai vu que je n’étais pas le seul à l’avoir fait, que Valéry Giscard d’Estaing s’était récemment posé la même question. Ce qui prouve que ceux qui ont occupé des responsabilités éminentes peuvent avoir aussi des préoccupations profondes sur l’avenir.

Certaines réformes sont indispensables, ces réformes nous les soutenons

Je pense que ce qui est nécessaire, c’est l’adaptation du modèle français pour que ce modèle puisse se perpétuer et même s’épanouir en temps de mondialisation. Il y a des adaptations nécessaires. Mais, oublions cette question sur le mot "réforme" que nous aurons ensemble. Nous considérons qu’il y a un certain nombre de réformes absolument indispensables et que les forces qui se liguent pour les empêcher de s’accomplir, d’une certaine manière, rendent un mauvais service au pays. Je vais en citer une qui sera un sujet d’actualité dans les semaines qui viennent : il est impossible d’éluder la question de la réforme des retraites. Ceux qui voudraient ou voudront empêcher que se pose la question de la réforme des retraites vont simplement entraîner des générations entières dans les difficultés, la pauvreté, les problèmes qui se posent. Nous savons que le simple équilibre démographique, le fait que la durée de la vie s’accroisse, cela signifie évidemment qu’il faudra qu’on avance dans la direction d’un plus grand nombre de Français au travail, capables de supporter les pensions de retraite de ceux qui seront déjà au repos. La vraie question qui se pose, c’est évidemment qu’on annonce 40 années de cotisations alors qu’un très grand nombre de Français sont incapables de dépasser les 36 ou 37 années de cotisations, simplement parce que les entreprises poussent sur le bord du chemin un certain nombre de gens. Cette question de la responsabilité collective qui est la nôtre en face des travailleurs qui ont atteint l’âge de 55 ou 60 ans est d'ailleurs une véritable question. Mais il n’y a aucun doute sur le fait qu’il va falloir naturellement qu’il y ait un plus grand nombre de Français au travail pour supporter les retraites de ceux qui sont pensionnés. Il n’y a aucun moyen de l’éviter et ce ne serait pas responsable de le dire. Il y a donc des réformes indispensables. Ces réformes nous les soutenons.

Soutenir les réformes par la justice

La question est : sur qui fait-on reporter la charge de ces réformes ? Depuis plusieurs mois, depuis le nouveau gouvernement, il y un certain nombre de signes qui s’accumulent et qui sont des signes inquiétants parce qu’on accepte qu’un certain nombre de réformes en cours soient payées, équilibrées par de l’injustice sociale. Or, l’injustice sociale est intolérable et profondément nuisible pour les réformes. Nous pensons que tout le monde doit assumer le coût des réformes, le coût de la solidarité à proportion de ses moyens et que rien n’est plus insupportable que de voir le coût des réformes concentré sur les plus fragiles, sur les moins favorisés, peut-être simplement parce qu’ils sont les moins nombreux. Je veux prendre quatre exemples :

Premier exemple. J’ai entendu comme vous Nicolas Sarkozy reprendre jeudi soir cette antienne qui est celui de la justification des franchises médicales par la maladie d’Alzheimer. Évidemment, je sais que c’est une présentation publicitaire, une présentation de communication. J’ai le souvenir précis qu’il y a quelques années, lorsque Nicolas Sarkozy dans un de ses livres a repris cette idée des franchises médicales qui était présente chez un certain nombre d’esprits, c’était pour freiner la consommation médicale. Ce n’était pas du tout pour la maladie d’Alzheimer ni pour autre chose. Puis après, en cours de campagne électorale, il a trouvé cette présentation. Il a dit : la maladie d’Alzheimer, les soins palliatifs en fin de vie et le cancer. La vérité c’est évidemment que c’est une présentation parce qu’il n’y a qu’un seul budget de la santé. Je veux bien même reprendre cette justification pour dire ceci : même si c’était vrai -mais cela ne l’est pas- que c’était fait pour financer la recherche contre la maladie d’Alzheimer, ce serait profondément choquant parce que cela signifierait qu’on demande aux seuls malades de financer la recherche sur une maladie spécifique et que les bien-portant, eux, n’ont pas à prendre leur part de ce financement et de cet effort. Une dépense qui devrait être répartie à proportion des moyens de chacun, demandant plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont moins, serait mise à la charge exclusive de ceux qui sont en difficulté, de ceux qui sont malades et de ceux qui ont moins. Ce n’est pas juste et il faut avoir le courage de le dire : on doit répartir l’effort à la proportion des moyens de chacun.

Deuxième exemple. On a annoncé, il y a quelques semaines, un versement immédiat à valoir sur l’augmentation des petites retraites, versement –si ma mémoire est fidèle– de quelque 200 € et nous avons approuvé ce versement. Mais avant-hier nous avons appris incidemment, par l’intervention d’une association, que sans qu’on le dise les personnes bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) –et ce ne sont pas les favorisées–  ont vu leurs cotisations URSSAF pour les aides à domicile augmenter brutalement. Pour une aide à domicile payée 700 € par mois, l’augmentation de charges est de 77 € par trimestre ce qui veut dire 310 € par an. On a retiré sans le dire, à ces personnes qui sont en difficulté, d’avantage que ce qu’on leur a accordé à grand renfort de publicité. Si c’est vrai cela a une signification précise, cela veut dire que ce sont les plus fragiles qu’on a mis à contribution. C’est le niveau de vie des plus fragiles qui a été atteint. Ce n’est pas juste, ce n’est pas notre conception de la réforme.

Troisième exemple : les allocations familiales. On a besoin, c’est sans doute vrai, d’un financement complémentaire pour la garde des jeunes enfants. À qui va-t-on demander d’assurer la charge de ce financement complémentaire ? Est-ce à ceux pour qui les choses vont bien, pour qui la vie est favorable, ceux chez qui les revenus augmentent, aux foyers plus aisés ? Non, pas du tout. On va demander cet effort aux familles en diminuant brutalement les allocations des enfants entre 11 et 14 ans, c’est-à-dire l’âge où les jeunes, les enfants qui entrent dans l’adolescence commencent à coûter le plus cher. Ceux qu’on met à contribution pour financer cette nouvelle dépense, ce ne sont pas ceux qui peuvent le plus, ce sont ceux qui ont déjà de lourdes charges. Cela ne nous paraît pas juste et cette injustice va naturellement à l’encontre de l’idée de réforme.

Quatrième exemple : le revenu de solidarité active. C’est une idée que nous avons défendue pendant la campagne présidentielle. Assurance donnée à chacun des Français que nul, venant des minima sociaux, s’il reprend un emploi n’aura à y perdre, au contraire. Nous avons défendu le principe, pendant toute la campagne présidentielle, que si on reprend un emploi, on doit y gagner. J’avais même dit y gagner au moins 100 € par mois par rapport à la situation antérieure. C’est justice et c’est un meilleur équilibre de la société évidemment. C’est une idée juste, une idée dont on nous dit qu’elle coûte cher –ce qui signifie au passage qu’il y a beaucoup de gens qui perdent de l’argent quand ils reprennent un travail. Cette idée préparée dans son exécution par Martin Hirsch, expérimentée jusqu’à maintenant à toute petite échelle –je crois qu’il y a 8000 contrats signés sur l’ensemble du territoire national– mérite le soutien. Or Nicolas Sarkozy a annoncé que son financement serait assuré par une ponction, par un transfert venant de la prime pour l’emploi. On donne aujourd’hui pour la prime pour l’emploi un peu plus de 4 Milliards d’euros, et l’on prendrait 1,5 milliard pour le mettre sur ses travailleurs aux minima sociaux qui reprennent un emploi ! Eh bien ceci n’est pas juste parce que cela signifie qu’un geste de solidarité nécessaire, au lieu d’être assumé par la nation à proportion des moyens de chacun, est assumé en réalité par les travailleurs pauvres, ceux qui seront en deçà du salaire moyen. Or c’est pour cela qu’on leur a donné un complément de revenu avec la prime pour l’emploi ! Ils sont 8 millions en France, la prime pour l’emploi est versée à ceux qui gagnent, pour un célibataire, entre 3.750 euros de revenus imposables par an, c’est-à-dire quelque chose comme le quart du SMIC, et 17.500 euros de revenu annuel. Et tous les autres, les salaires moyens, les revenus importants, les salaires confortables, les très gros revenus, tous ceux-là vont être exonérés de l’effort que l’on va faire en direction des bénéficiaires du RMI qui vont reprendre un emploi !

Notre projet de société est inspiré par la justice

Nous ne considérerons pas qu’il soit socialement juste, ni acceptable de faire payer la solidarité en direction des plus pauvres par ceux qui sont déjà défavorisés dans la société française.  Il y a là une atteinte, une injustice ; et je dois le dire, je ne comprends pas cette obsession du gouvernement et de sa majorité de faire payer la solidarité par ceux qui ont moins et de ne pas mettre du tout à contribution ceux qui ont plus.
Notre projet, différent, original, consiste à soutenir les réformes par la justice et non pas de payer des réformes au prix de l’injustice. Et je suis certain qu’une immense majorité du peuple français est sur la même ligne, même parmi ceux qui ont la chance d’avoir des situations privilégiées. Je crois qu’il y a assez de civisme en France, assez d’esprit de responsabilité, pour que chacun comprenne que l’avenir du pays dépend précisément de l’esprit de justice.

Nicolas Sarkozy a dit jeudi soir « je crois au capitalisme et à la mondialisation ». Eh bien moi je crois à l’humanisme et à la justice !
Et ceci mes amis fait une grande différence, cela signe trois projets de société différents : celui qui est fondé sur l’assistance, sur notre gauche ; celui qui est fondé sur l’arrogance, sur notre droite ; et celui qui est inspiré de la justice. Entre l’assistance et l’arrogance, il y a un immense espace pour le projet de société dont la France a besoin pour son avenir. (applaudissements)

J’ai voulu prendre ce seul exemple de la justice et de la réforme parce que c’est l’actualité. Il y a ainsi sur tous les sujets une marque particulière dont je crois la société française a besoin.

Je vous le dis avec certitude : l’affirmation qui est celle du pouvoir et qui a été celle de Nicolas Sarkozy jeudi soir, selon laquelle on serait à l’équilibre des finances publiques en 2012 est une illusion pour ne pas dire une tromperie.

Il n’y a aucune chance, partis comme nous sommes, que nous allions vers l’équilibre des finances publiques, nous allons vers un déséquilibre aggravé. On a annoncé, je vous en donne un exemple très simple, cette année qui vient de s’écouler avec le nouveau gouvernement qui s’est installé, que le déficit de la France, celui qui creuse la dette, n’a pas diminué mais augmenté. Il a augmenté de 7 milliards d’euros ce qui est l’exact équivalent du « paquet fiscal » en direction des plus favorisés.

C’est avec le « paquet fiscal » qu’on a creusé le déficit de la France ! Alors même que nous disions « vous ne devez pas baisser ces impôts-là, on a absolument besoin d’aller vers un effort d’équilibre des finances publiques ».

Je vous donne ce chiffre : on a annoncé la semaine dernière 162 mesures qui faisaient suite à 95 mesures qui précédaient elles-mêmes 113 mesures qui vont être prises au mois de mai dans ce qu’on appelle la revue générale des politiques publiques. Avec ces centaines de mesures, on a annoncé qu’on allait peut-être faire 5 milliards d’économies en 2011, c’est-à-dire l’année précédent 2012. Or, on a un déficit de 52 milliards. Si on ne fait que 5 milliards d’économies, on aura toujours 49 milliards de dettes. Ce qui veut dire qu’on ne se dirige pas vers l’équilibre des finances publiques, on se dirige vers le déséquilibre et s’il y avait une justice en France, les générations les plus jeunes devraient faire un procès pour non-assistance à génération en danger aux gens qui sont actuellement et depuis des années au gouvernement.

Pluralisme politique et indépendance des médias

Nous allons avoir un grand débat sur les Institutions. Il n’y aura pas de Parlement libre s’il n’y a pas de pluralisme dans les lois électorales. Et donc naturellement nous nous concerterons avec tous ceux qui veulent aller dans le même sens, tant mieux, plus nous serons à défendre ce principe de pluralisme, plus nous aurons de chance de le faire entendre et plus la forme institutionnelle prendra tout son sens.

De la même manière, je déposerai un certain nombre d’amendements pour que soit pris en compte le principe d’indépendance des médias par rapport au pouvoir, que j’avais défendu pendant la campagne présidentielle de manière qu’on soit assuré qu’il y ait une frontière entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique. Tout le monde y gagnera et selon moi ce principe doit être inscrit dans nos institutions et dans la Constitution de la République.

Et vous voyez que pluralisme au Parlement et indépendance des médias, tout cela va dans le même sens parce que cela veut dire qu’on crée les conditions pour que la démocratie soit une démocratie de plein exercice, qu’enfin les citoyens puissent avoir accès à la vérité, et que leurs convictions puissent s’exprimer lorsque les débats parlementaires ont lieu. C’est la même chaîne : garantie d’indépendance des médias et garantie de pluralismes lorsqu’il s’agit d’exprimer l’opinion des citoyens à l’Assemblée nationale ou au Sénat face au pouvoir exécutif.

Quelque chose peut changer, qui nous permettra de faire progresser le pays vers ce que nous considérons comme essentiel, c’est-à-dire la confiance des citoyens.

Notre idée de la démocratie, c’est de faire progresser la conscience des citoyens

Car il y a en réalité deux visions de la démocratie.
La vision de la démocratie qui considère que tout son enjeu est d’obtenir des voix, que la fin justifie les moyens, ceux qui considèrent que les promesses sont le matériau indispensable des campagnes électorales même si elles sont illusoires et que comme on disait autrefois dans les Hauts-de-Seine « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Autrement dit, une démocratie fondée sur la communication, c’est-à-dire sur l’illusion quitte à ce qu’ensuite on se réveille avec des lendemains qui déchantent.
Et nous, nous considérons au contraire que le propre de la démocratie ce n’est pas seulement d’obtenir des voix, c’est de faire progresser la conscience des citoyens. C’est avec la conscience des citoyens qu’on arrive à soutenir et prendre des décisions politiques courageuses.

Si vos y réfléchissez une seconde, le trou abyssal que nous avons devant nous, nos mille deux cents milliards d’euros de dette, les dizaines de milliards de déficit que nous y ajoutons tous les ans, ça n‘est rien d’autre que l’addition des promesses illusoires, le fait qu’on a voulu bercer les citoyens de promesses au lieu de les faire progresser vers une conscience adulte de la réalité à laquelle ils sont confrontés. C’est parce qu’on leur a raconté des histoires qu’on leur a fait des dettes. Les dettes ne sont pas autre chose que les illusions matérialisées par une fuite en avant financière. Les dettes ce sont les illusions, la réalité c’est l’équilibre, et c’est ainsi qu’on aurait fait progresser le pays.

Nous croyons nous que tout est lié.Nous croyons qu’une vraie démocratie -on en est très loin France- est celle où les citoyens sont considérés comme des responsables, une vraie démocratie est celle qui définit et soutient les réformes courageuses, avec l’esprit de justice. Et tout cela se tient dans un projet de société.

Un projet de société pour la France et un projet de société pour l’Europe

Ce que nous disons pour la France est vrai pour notre Europe. Nous allons avoir devant nous un immense débat qui débouchera sur les élections européennes de juin 2009, un débat qui ne consistera pas seulement à prononcer de manière incantatoire le mot « Europe » mais à mettre un contenu à ce qu’ « Europe » signifie en termes de projet politique, de société et de civilisation.

Si, en effet, l’Europe n’a pas de projet différent des autres continents ou des autres grands modèles qui nous entourent et qui nous concurrencent, alors l’Europe ne subsistera pas. Ne gagneront que ceux qui auront un projet original. Si vous avez le même projet que les autres, vous disparaissez.

L’Europe n’existera que si elle a son projet propre en face des impératifs sociaux, des famines qui progressent, des guerres qui se développent. C’est là que nous allons porter notre attention et notre intuition.

C’est pour cela que nous sommes réunis, ensemble, c’est pour cela que le Mouvement Démocrate a vocation à exister, à définir un monde nouveau, différent. C’est pour cela que nous sommes le rempart du pluralisme et d’une démocratie rénovée en France. C’est pour cela que j’ai été si heureux de votre présence et c’est pour cela qu’ensemble nous allons conduire la construction du Mouvement Démocrate et sa proposition aux Français.

Intervention de François Bayrou en ouverture de la Convention des élus démocrates

505665952.pngL'objet de cette rencontre est de confronter les expériences de ceux qui ont mené des combats importants, dans de très grandes villes, ou des villes moyennes. Ils sont très nombreux dans la salle. Nous avons présenté, ce qui était un véritable exploit, trois cent cinquante listes autonomes, d dans des villes de plus de 10 000 habitants en France et beaucoup de villes où nous n'avions pas l'habitude d'avoir une représentation. Ces listes ont obtenu un score remarquable, puisque la moyenne des scores que nous avons obtenue atteint presque 16% des voix - 15,9% des voix - ce qui veut dire que, partout en France, cette présence nouvelle de ce mouvement nouveau a intéressé une partie substantielle des électeurs. Et nous avions plus de cent cinquante représentations sur des listes qui étaient des listes d'union parce que le principe que nous avions défendu était très simple : on peut travailler avec des élus même s'ils ne se présentent pas sous notre étiquette lorsque nous considérons qu'ils sont de bonne volonté, ouverts et que leur projet est compatible avec le nôtre. Et c'est ce qui explique que, dans un certain nombre de villes et même de grandes villes, nous avions en effet choisi de faire dès le premier tour des listes communes.

Cela a été un peu plus compliqué au deuxième tour, parce qu’il y a eu une re-bipolarisation au deuxième tour, qui est une bipolarisation presque automatique et, entre nous, qui ne correspond pas à la réalité profonde. Je veux vous en donner une preuve : dans toutes les communautés urbaines de France, dès l’instant que l’élection municipale a été finie, là où se prennent les décisions essentielles pour l’avenir des villes et celui des agglomérations, évidemment droite et gauche font des contrats politiques d’entente pour gérer les communautés urbaines. C’est le cas à Bordeaux et depuis hier c’est le cas à Marseille et pourtant, dans ces communautés urbaines-là, on a l’habitude des affrontements. Mais vous voyez bien ce qui se joue : dès l’instant que l’on prend en ligne de compte non pas les intérêts partisans, mais l’intérêt des citoyens, à ce moment-là, les élus sont bien obligés de se rendre compte qu’il n’y a pas entre eux ce fossé infranchissable qu’on décrit et que, au contraire, ils sont naturellement amenés à porter des projets ensemble.
Simplement, nous avons été peut-être un peu en avance, et nous avons eu du mal entre les deux tours – probablement ai-je une part de responsabilité – à faire entendre la voix de la raison là où ne s’exprimait que la voix de la passion et de l’affrontement. Ce qui nous a donné un entre-deux tours moins facile que nous ne l’aurions voulu.

Ce qui doit nous amener à réfléchir, et nous le ferons tout au long des mois qui viennent, aux contraintes particulières que représente une élection au scrutin majoritaire.


Mais des élections au scrutin majoritaire il y en a désormais peu devant nous puisque ce que nous allons vivre maintenant, ce sont des élections qui sont à la représentation proportionnelle, c’est-à-dire le seul scrutin juste. Les deux élections qui sont devant nous, ce sont les élections européennes d’un côté et les élections régionales de l’autre.
Ces deux élections offrent la place, en tous cas si l’on ne change pas le mode de scrutin puisqu’on nous annonce qu’il pourrait y avoir des manœuvres comme on est hélas ! habitués à en connaître depuis longtemps et comme on en a connu dans des épisodes récents. Des manœuvres supplémentaires pour faire que notre tâche politique soit rendue encore plus difficile dans l’avenir. En tous cas c’est ce qu’espèrent les promoteurs de ces manœuvres-là. Je veux simplement vous dire que la mission qui est la nôtre n’est pas une mission qui se détermine en fonction des intérêts partisans ou de carrière, personnels ou collectifs qui pourraient être les nôtres. Si vous êtes là, si nombreux, à ne pas pouvoir entrer dans la salle, ce n’est pas du tout parce que vous avez le sentiment qu’ici serait le chemin le plus facile pour avoir des galons sur les épaules ou des chapeaux chamarrés sur la tête. Si vous êtes là, c’est parce que vous considérez qu’il n’y a plus, désormais, qu’un mouvement politique qui soit le défenseur du pluralisme en France, et que c’est ici, au Mouvement Démocrate, que ce mouvement se trouve. Ce qui se joue, c’est une grande question et derrière cette grande question, il y a un choix de société.

Première grande question : est-ce qu’il n’y a pour la France, pour son avenir, pour le XXIème siècle, pour l’Europe, pour l’idée qu’on se fait du monde, que deux projets concurrents, celui de l’UMP et celui du Parti socialiste ? Ou est-ce que les citoyens ont droit à avoir un choix plus large et à ce qu’on leur propose au moins un troisième projet ?

Voilà la question centrale et pour moi la réponse est simple : il n’est pas possible qu’un pays comme le nôtre, qu'un un continent comme celui auquel nous appartenons, que le monde comme il se présente au XXIème siècle ne soient placés que devant deux projets. C’est comme si l’on voulait perpétuellement décrire l’univers en noir et blanc. Or nous, nous savons que l’avenir a besoin au contraire d’inventivité, de créativité, d’une nouvelle vision qui n’est pas résumable aux deux visions qui ont gouverné la fin du XXème siècle. La France, et l’Europe, et le Monde ont besoin qu’on leur propose un projet qui soit plus ouvert, plus équilibré, plus créatif, plus novateur que celui des deux partis dominants aujourd’hui. Et c’est la mission qui est la nôtre et
c’est celle-là que nous allons assumer.
Et nous avons la charge de présenter un projet de société alternatif aux deux projets actuellement, et je crois provisoirement, dominants.

Et derrière, il y a encore une question plus importante. C’est la question du pluralisme dans une démocratie comme la nôtre. Est-ce que tous ceux qui portent des attentes, des espoirs sociaux, environnementaux, économiques, politiques, différents de ceux dont hélas! On rebat les oreilles du pays depuis longtemps avec à chaque fois autant de fausses promesses et au bout autant de désillusions, est ce que ceux-là ont le droit de s’exprimer ou sont-ils obligés, au contraire, de se taire ? Serions-nous, dans notre pays, condamnés à n’avoir que deux bulletins de vote sur la table chaque fois que nous avons à nous exprimer par notre suffrage ?

Et je ne pense pas seulement à nous, je pense par exemple aux Verts qui sont aujourd’hui satellisés autour du PS sans que je sois sûr que leur message se résume exactement au message du PS, et à d’autres. J’entends que la voix des gaullistes est aujourd’hui complètement éteinte, mise en sourdine, alors que je pense qu’elle est une voix nécessaire pour l’avenir de notre pays comme elle a été nécessaire dans son histoire. Cette réflexion sur l’indépendance de la France n’appartient pas au passé, pour moi, elle appartient au présent et j’espère à l’avenir.

Est-ce qu’il n’y a plus que deux projets de société ou est-ce qu’on a le droit et le devoir d’en présenter d’autres, alternatifs. Cette question-là, ainsi que la question du pluralisme qui commande évidemment toute la question de nos Institutions, sont deux questions majeures pour l’avenir national.
L’Histoire, l’enchaînement des choses, ont fait que nous sommes aujourd’hui le seul mouvement politique à présenter cette alternative et à défendre ce pluralisme. Si nous renoncions à assumer la vocation, la mission qui sont les nôtres, alors cela en serait fait pour les décennies qui viennent de ce grand enjeu qui permet aux Français d’espérer porter un projet de société différent de ceux qu’on défend devant eux depuis des années et qui, lorsqu’il est dans la réalité, fait naître – comme vous le savez – des désillusions comme celles que nous avons sous les yeux.

14.04.2008

Conférence de presse du 14 avril : "Ce combat n'est pas seulement pour nous, c'est un combat pour le pluralisme en France..."

Déclaration de François Bayrou (seul le prononcé fait foi) : "Mesdames, Messieurs, Je vous remercie d'avoir accepté cette rencontre. J'ai voulu vous dire quel est, à mes yeux, l'enjeu des semaines qui viennent pour le Mouvement démocrate et de la manoeuvre qui est engagée autour de lui. Depuis quelques jours, nous savons de manière certaine que des mouvements présentés comme internes, la mise en cause de la ligne d'indépendance de notre mouvement, n'avaient en réalité pas grand chose de spontané, qu'ils étaient dirigés et agités de l'extérieur, et pour parler clairement, de l'Elysée. Je veux vous dire ma réaction lorsque j'ai lu ces documents et les échos de presse nombreux qui les précédaient et qui, tous, allaient dans le même sens. Je me suis dit qu'on attendrait du président de la République, dans une telle période de crise financière, économique, sociale, d'éducation, qu'il s'occupe de l'essentiel pour le pays, et qu'il respecte tous ses concitoyens même s'ils ne sont pas d'accord avec lui. Je me suis dit que l’intrigue, la déloyauté, le cynisme, ce n’était pas cela qu’on attendait des gouvernants en démocratie, surtout de ceux qui articulant une promesse illusoire, une de plus, affirmaient vouloir construire une « démocratie exemplaire ». La manœuvre qui est préparée est d’une clarté biblique, pour ne pas dire d’une assez grande naïveté. Nous en connaissons désormais les tenants et les aboutissants. Elle consiste primo : à « cibler » un certain nombre d’élus en leur promettant portefeuilles, galons et chamarrures, et à dresser ainsi les élus contre la volonté d’indépendance des militants. Secundo : à essayer de déstabiliser le Mouvement démocrate en prétendant qu’on pourrait dans un illusoire retour en arrière faire revivre l’UDF d’antan, contre la décision solennelle de son congrès, en en faisant de nouveau l’allié inconditionnel du parti majoritaire. Tertio : pour s’assurer de la manœuvre, que l’UDF serait attaquée dans son patrimoine, le patrimoine dont elle est dépositaire comme association, qui a été construit au fil du temps contre tous les assauts et toutes les menaces, sous ma présidence exclusivement, avec l’arrière-pensée que l’on puisse par le même moyen priver notre famille politique du financement public obtenu par ses candidats. Quattro, enfin : que cette manœuvre conduirait à l’éclatement du Mouvement démocrate, à un pseudo « parti du centre » de plus, un satellite de plus autour de l’UMP, pour noyer la voix originale du Mouvement démocrate dans les sables mouvants d’un centre inféodé. Le but étant d’obtenir le plus grand nombre possible de faux centres de manière à faire croire qu’il n’en existe vraiment aucun… Cette manœuvre s’accompagne, annonce -t-on ouvertement, d’un changement du mode de scrutin pour les élections régionales, destiné, croient-ils, à nous empêcher de trouver notre place dans cette élection. Cet ensemble de manœuvres, je ne le laisserai pas se dérouler sans réagir. Car il y va d’un immense enjeu, d’un enjeu bien plus important que l’existence d’un parti ou le combat d’un homme ou d’une équipe. Le but de cette manœuvre, c’est qu’il n’y ait pas en France de centre indépendant, de courant démocrate pour offrir un choix nouveau à notre pays. Le fond de cette manœuvre, c’est de mettre un terme définitif au pluralisme dans notre pays, en éliminant ceux qui lui résistent, et d’instaurer une fois pour toutes le bipartisme à l’américaine, deux partis et deux seuls, avec quelques satellites décoratifs pour sauver les apparences. Si cette manœuvre réussissait, cela voudrait dire que les Français seraient à l’avenir condamnés à choisir à tous coups, entre l’UMP et le PS, l’UMP et ses satellites et le PS et ses satellites. Il n’y aurait donc plus de recours pour tous ceux qui estiment qu’il peut arriver, et qu’il arrive souvent, que l’UMP et le PS se trompent tous les deux !... Il n’y aurait plus de solution, plus d’espoir, pour tous ceux qui pensent, qui savent, qu’un grand pays moderne, avec sa complexité, dans les temps si bouleversants , si bouleversés que nous vivons, ne peut pas avoir, pour son avenir, le choix qu’entre deux options. Cela n'existe d'ailleurs dans aucun pays du monde. Le combat que nous allons conduire pour sauvegarder et garantir la pleine indépendance, l’autonomie de pensée et de choix du Mouvement démocrate, ce combat n’est pas seulement pour nous, c’est un combat pour le pluralisme en France. De ce combat, j'en suis persuadé depuis longtemps, le jour où il aura été conduit à son terme, d’autres courants politiques profiteront et ce sera un bien. Et c’est d’autant plus important, cette défense du pluralisme, au moment de l’histoire où nous sommes, au moment où le projet qui fut porté par Nicolas Sarkozy révèle se révèle, dans son erreur de jugement, et souvent dans sa mystification. Tout montre, je le dis avec gravité, que la France va dans le mur, avec une dégradation parallèle et accélérée de la situation économique, financière et sociale. Un certain nombre des fondamentaux qu'a choisis Nicolas Sarkozy sont préoccupants pour notre pays. Je veux en citer quatre exemples, de désaccords profonds : Nous sommes en désaccord depuis le premier jour avec la politique qui a été choisie pour les finances publiques de notre pays, qui a consisté à laisser croire follement, pendant des mois, que l’équilibre se retrouverait par la distribution d’argent facile, en particulier par des avantages fiscaux pour ceux qui étaient déjà les plus favorisés. Cette politique de légèreté, en peu de mois, a conduit à un déficit de dix milliards d’euros supérieur au déficit de l’année précédente. Cette politique « keynésienne », ou pseudo-keynésienne, qui est, disons-le en passant, traditionnellement, la politique même du parti socialiste, va déboucher sur un accident économique et budgétaire sans précédent car il n’y a plus de marge de manœuvre, et il n'y a plus de soupape d'échappement. Nous sommes en désaccord avec les fausses promesses et nous craignons la crise sociale qu’une telle déception peut entraîner. On a promis, pendant la campagne présidentielle, à des Français qui l'ont cru, tout et le contraire de tout : on a promis l’augmentation du pouvoir d’achat ; on a promis qu’on rendrait aux Français 68 Milliards d’euros ; on a promis le Revenu de solidarité active pour les plus pauvres ; on a promis des droits sociaux supplémentaires ; on a promis que l’éducation serait la priorité de la nation. Aucune de ces promesses n’a été respectée et aucune ne le sera car leur addition était en soi intenable, comme je l'ai dit pendant la campagne présidentielle. Leur addition était intenable étant donné la situation du pays. Mais on a appliqué la vieille loi qu’on enseignait dans les Hauts-de-Seine : « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Cet abus de promesses a nourri le risque d’une crise sociale, la pauvreté gagnant, et les classes qu’on appelait hier moyennes étant de plus en plus exposées, aussi bien aux franchises, qu’à l’augmentation des produits de première nécessité comme le gaz, ou à un appel général aux mutuelles. Je ne sais pas quelle forme peut prendre cette crise sociale, mais à l’état endémique, cette crise sociale est le fond de l’humeur de notre pays. Nous sommes en désaccord avec ce que Nicolas Sarkozy a choisi de faire de la fonction présidentielle. Et nous avons une tout autre idée de ce que doit être le président de la République. Pour nous, le président de la République, c’est l’homme de la nation et non pas l’homme d’un parti ou d’un clan. Il est pour nous incompatible avec l’idée de la fonction d’imaginer que le président de la République puisse, au vu et au su de tout le monde, présider au comité qui organise la majorité. Cela veut dire qu’il est le représentant de ses partisans, et non pas le représentant du pays tout entier. Or dans les mois et les années qui viennent, plus que jamais, le pays a besoin d’un président qui soit au-dessus des intérêts et des contingences des partis. Car les problèmes qui viennent ,menacent la nation tout entière, dans sa substance, dans son tissu social, dans son unité. C’est la fonction symbolique du président de la République qui est en jeu. Je sais bien que nous sommes dans un temps où certains croient que « symbolique » signifie « de peu d’importance ». Le ministre de la Défense a récemment déclaré ainsi que vraiment le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN « était une affaire purement symbolique ». Or les peuples et les hommes, et tous les temps sont là pour le confirmer, n’ont cessé d’éprouver que le symbolique était au contraire essentiel, au sens le plus lourd du terme. C’est pourquoi , quatrième sujet de préoccupations urgent, nous nous battrons de toutes nos forces pour persuader notre pays et l’ensemble des décideurs que cette décision de faire rentrer la France dans la structure intégrée de l’OTAN est une faute pour notre pays. C’est la perte d’un atout, symbolique et donc décisif, pour son identité, pour sa voix singulière dans le monde et en Europe. Depuis des décennies, et particulièrement durant ces dernières années, un équilibre avait été trouvé qui répondait au double intérêt de notre pays : nous étions des partenaires dans l’alliance atlantique, capables de participer chaque fois que nous l’estimions juste et nécessaire, comme on l'a vu lors de la première guerre du golfe, come on l'a vu dans les Balkans, comme on l'a vu en Afghanistan. Mais nous affirmions en même temps notre singularité, notre capacité de dire non, haut et fort, haut et clair, et le monde entier le savait, le monde entier en tout cas l’a vérifié au moment du « non » retentissant que la France de Jacques Chirac a opposé à la décision américaine d’envahir l’Irak. C’est un abandon historique qui est en train de se préparer ici et le fait que cet abandon soit, en effet, symbolique, s’entendra dans le monde entier et chacun prendra acte de ce que la France est redevenue pays comme les autres. Et c’est grave pour le destin de l’Europe. Les choses étant aujourd’hui ce qu’elles sont, c’est l’indépendance de la France qui garantissait l’authenticité de l'indépendance de l’Europe. Différents, nous étions la quille du bateau. Rentrés dans le rang, le bateau n’aura plus de quille : nous n’aurons plus les moyens de nous opposer au conformisme de l’alignement. Il a été surabondamment montré, ces dernières années, que les alliés les plus proches, les plus anciens des Etats-Unis, les plus intimes, et Tony Blair au premier rang, n’avaient aucune capacité d’influer dans les moments cruciaux sur les décisions de la première puissance du monde. L’Europe n’a pas , pour nous, à solliciter la permission d’exister. C’est le contraire. La volonté d’exister s’affirme, mais ne se sollicite pas. Il est donc d’importance nationale que les Français, quand ils auront constaté l’échec inéluctable de la majorité, ne soient pas contraints, obligés de se livrer au Parti socialiste comme il est aujourd’hui, et dont un certain nombre d’orientations méconnaissent et risquent d’aggraver la réalité du pays. En tout cas, il est d’importance nationale que le moment venu, les Français aient le choix. Qu’ils se voient offrir un choix réel entre des voies de recours différentes. Il est d’importance nationale autrement dit, qu’une alternative démocratique soit construite et présentée aux Français. La France, dans sa démocratie, dans sa gestion, dans ses priorités, dans sa vie sociale, économique, dans sa vie internationale a besoin d’un autre projet . Mais ce projet ne pourra être défini, porté et défendu que par un mouvement politique assuré de lui-même, décidé à résister aux menaces et aux tentations, où les élus sont en phase avec les adhérents et les militants, et où les militants eux-mêmes sont cohérents. C’est pourquoi je conduirai sans faiblir la contre-attaque contre ces manoeuvres. Si c’est d’un combat qu’il s’agit, ce combat, nous allons le mener. J’ai décidé d’en appeler aux adhérents, aux militants et aux sympathisants du Mouvement démocrate. C’est l’heure de la grande clarification pour échapper aux tentatives de déstabilisation et pour construire un mouvement cohérent. Je le dis aux adhérents qui ont fait le Mouvement démocrate : c’est maintenant à vous de vous exprimer. C’est votre détermination qui fera tranquillement échec à toutes les manœuvres, d’où qu’elles viennent. Je vous appelle à exprimer votre conviction, à prendre à votre tour les choses en main. Je vais donc soumettre au suffrage des adhérents, dans une consultation à laquelle chacun sera associé, un texte d’orientation qui ne laissera aucune place à l’ambiguïté. Et j’invite tout dirigeant qui ne serait pas d’accord avec la ligne d’indépendance que je défends à soumettre sa propre motion aux adhérents. Alors nous compterons les soutiens. C’est maintenant, devant nos adhérents et militants que tout débat doit être conduit et tranché. Cette clarification devra être accomplie avant l’été pour que cessent les manœuvres de déstabilisation. Le 26 avril devant ceux qui ont porté nos couleurs aux élections municipales, le 14 mai devant notre conseil national, nous fixerons les conditions de cette consultation en même temps que le calendrier et les conditions de l’élection de nos instances locales. Pour moi, les choses sont claires : je n’accepterai plus ni manœuvres internes, ni déstabilisation externe, ni le bazar. C’est vers nos adhérents que je me tourne. Il faut leur exposer clairement et nous le ferons, les données de la situation. Et il faut leur faire confiance pour trancher, pour fixer une fois pour toutes le cap et les règles, et donc le destin, de notre mouvement."